Alphonse Defrasse, architecte de la succursale de Paris-Malesherbes

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    Portrait d’Alphonse Defrasse
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    Façade du temple d’Asclépios reconstituée par Defrasse
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    Cour intérieure du Petit Palais
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    Succursale de Châlons-sur-Marne
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    Plan de la succursale de Cambrai
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    Succursale de Narbonne
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    Rue Baillif avant sa suppression
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    Construction de la salle souterraine
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    Construction de la salle souterraine
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    Construction de la salle souterraine
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    Construction de la salle souterraine
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    Construction de la salle souterraine
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    Façade de la Banque de France rue Croix des Petits Champs par Defrasse
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    Salle des coffres de l’hôtel Gaillard
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    Portrait d’Alphonse Defrasse

Alphonse Defrasse, architecte de la Banque de France, a transformé l’hôtel Gaillard en succursale bancaire. Son œuvre, influencée par l’hellénisme, le style classique mais aussi l’art déco, est éclectique.

Alphonse Defrasse est né à Paris en 1860. Sa famille habitait 24, rue des Bons-Enfants, dans un immeuble que, quelque 63 ans plus tard – ironie de l’histoire –, il fera démolir dans le cadre de la construction d’un de ses ouvrages clés : la salle souterraine du siège de la Banque de France.

En 1877, il entre à l’école des Beaux-arts. Brillant élève, il remporte de nombreuses médailles et des prix prestigieux. Pensionnaire à la Villa Médicis à Rome, il voyage dans tout le Moyen-Orient, l’Italie et la Grèce. Ce dernier pays lui fournit le sujet de son étude la plus connue : « le Sanctuaire d’Asclépios à Épidaure ». Il publie, avec un de ses condisciples, Henri Lechat, un important ouvrage à ce sujet.

Dès son retour de Rome, il débute une longue carrière de professeur à l’École des Beaux-arts de Paris, qui conserve encore ses relevés de la restauration du temple d’Asclépios.

Grand prix de Rome en 1886, il oriente tout naturellement sa carrière vers l’entretien et la construction des Bâtiments Civils de l’État. Il fut, notamment, Inspecteur sur le projet des serres du Muséum d’histoire naturelle. Il participa aux projets de concours de l’Exposition universelle de 1900 et obtint un grand prix : il travailla notamment pour Charles Girault à la construction de la cour intérieure du Petit Palais.

Parallèlement, il est appelé à la Banque de France : il y devient chef du Service d’architecture et des travaux en 1899. Cette nomination survient à peine deux ans après la décision de créer 34 nouveaux comptoirs de la Banque de France, dans le cadre du renouvellement de son privilège d’émission des billets, sur tout le territoire national.

Dès lors, les activités d’Alphonse Defrasse se développent sur trois fronts : les succursales, sur l’ensemble du territoire ; le siège de la Banque, rue de la Vrillière à Paris, ainsi qu’un certain nombre de constructions annexes ; la transformation de l’hôtel Gaillard.

Les succursales

Pour faire face à l’ampleur des travaux de construction, Defrasse conçoit, en 1899 puis en 1905, deux modèles type de succursales dont les façades et les aménagements intérieurs comportent de nombreux points communs : utilisation des mêmes matériaux, vaste hall éclairé par une verrière, sols…

Avec ses inspecteurs de travaux et avec les architectes locaux dont il s’entoure, il construit 70 succursales ou bureaux et en réaménage, généralement par extension, plus de 80. L’ensemble de ces travaux fut réalisé entre 1899 et 1927. La méthode des plans type, tout en autorisant une certaine diversité liée au contexte local, a certainement permis une rapidité d’exécution hors du commun.

En 1920, la Banque de France décidait aussi la création de trois bureaux de quartier à Paris – Bastille, Malesherbes, Raspail – et des archives d’Asnières, la construction des comptoirs d’Alsace-Lorraine (dont Strasbourg), la reconstruction des comptoirs sinistrés par la guerre et le transfert ou l’extension de nombreux autres comptoirs existants. Alphonse Defrasse apporta son concours à l’ensemble de ces travaux.

Le siège

La Banque de France, qui occupait un quadrilatère délimité par les rues Baillif, Croix des Petits Champs, la Vrillière et Radziwill, avait envisagé, dès 1881, une extension de son siège.

Les effectifs du personnel ayant fortement cru, Defrasse élabora, en 1907, deux projets dont l’un prévoyait une nouvelle façade et un accès monumental sur la rue de Valois. Il fallut attendre 1912 pour une reprise des études, à partir d’une cession de la rue des Bons Enfants et de la rue Baillif. Ceci permettait à la Banque de repousser la limite sud de son siège jusqu’à une nouvelle rue, créée : l’actuelle rue du Colonel Driant.

Plusieurs projets se succèdent de 1914 à 1922. Pour la première fois, en 1924-1925, le « Nouvel Immeuble » à construire (environ 100 x 100m) est étudié, en infrastructure et en superstructure.

En infrastructure, la salle souterraine – qui abrite les réserves d’or de la France – valut à Defrasse une renommée internationale. Construite entre 1924 et 1927, elle comporte une vaste salle voutée, enfouie à 25 m de profondeur et soutenue par une forêt de 720 piliers en béton armé d’un mètre de diamètre. On y accède par des puits renfermant ascenseur et escalier. Cette salle présente un indéniable caractère architectural qui fait penser aux salles hypostyles de l’ancienne Égypte (voir à cet égard R. Godillot in l’Architecture 15 août 1938).

En superstructure, les projets de Defrasse de 1925 et de 1930, de style art déco pour ce qui concerne les façades, comprennent un certain nombre de dispositions qui seront reprises lors de la construction finale: nouvelle entrée rue Croix des Petits Champs, hall du public, salle des coffres sur deux niveaux, cour et ailes de liaison entre le nouvel immeuble et l’ancien.

Defrasse a vu l’achèvement de la salle souterraine mais, décédé en 1939, il ne verra pas la réalisation de ses projets d’extension de la Banque en superstructure, poursuivis par les architectes Louis Faure-Dujarric et Paul Tournon entre 1936 et 1950.

La succursale de Paris Malesherbes

On ne dira ici que quelques mots de l’hôtel Gaillard, en évoquant surtout le réaménagement et la restructuration réalisés, entre 1919 et 1923, par Defrasse pour transformer cet hôtel particulier néogothique en succursale de Banque centrale.

Originellement, l’hôtel Gaillard, composé d’un corps principal sur la place Catroux et de deux ailes sur les rues Berger et Thann, comportait une cour intérieure. Un monumental escalier d’honneur faisait communiquer entrée, entresol et 1er étage.

Alphonse Defrasse est sans doute ici au sommet de son art par son habileté à intégrer le programme habituel des succursales aux immeubles existants. Le monumental escalier d’honneur sert les différents services installés dans les anciens appartements et pièces de réception : bureau du directeur et secrétariat, salle du conseil, bureau du contrôleur, galerie des recettes… et un nouvel élément, cœur de tout programme de succursale, qu’il installe à la place de la cour intérieure.

Ce nouvel élément comprend une salle des coffres, en sous-sol, et un hall du public, au-dessus.

La salle des coffres dispose d’un accès propre à frapper l’imagination des clients : plancher mobile franchissant un fossé d’eau (servant de chemin de ronde grâce à une nacelle mobile suspendue), porte forte encastrée donnant accès à la très vaste salle sur deux niveaux.

Le hall du public est situé au premier étage, à l’aplomb de la salle des coffres. Couvert d’une verrière à la structure métallique, il laisse voir au public les façades intérieures de l’ancien hôtel particulier.

Victor-Jules Février avait offert à Émile Gaillard un exceptionnel écrin pour ses appartements et ses collections au cœur de la plaine Monceau. Alphonse Defrasse, lui, a offert à la Banque de France une succursale dont les aménagements intérieurs témoignent d’un exceptionnel talent.

Aujourd’hui, quelques 90 ans après l’intervention d’Alphonse Defrasse, l’hôtel Gaillard se métamorphose à nouveau pour accueillir la future Cité de l’économie et de la monnaie.

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Cet article a été réalisé avec le concours de Patrick Vivien, architecte

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Crédits : Portrait d’Alphonse Defrasse par Charles Lebayle (1856-1898).

Crédit : Banque de France.

Façade du temple d’Asclépios reconstituée par Defrasse. DR

Cour intérieure du Petit Palais
Crédit : Patrick Giraud

Images des paragraphes « Les succursales », « Siège » et « Paris Malesherbes ». Crédit : Banque de France.

Portrait d’Alphonse Defrasse par M. Friant.
Source : Bibliothèque de l’INHA, coll. J. Doucet, 2010-83125 / Gallica


Publié le 21 septembre 2012.