Collection Gaillard

  • 1 - Hôtel Gaillard, Salle de bal, vers 1890, avec le Saint Antoine de Padoue de B. Murillo en haut à droite
    1 - Hôtel Gaillard, Salle de bal, vers 1890, avec le Saint Antoine de Padoue de B. Murillo en haut à droite
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  • 2 - Bartolomé Murillo, Saint Antoine de Padoue et l’enfant Jésus
    2 - Bartolomé Murillo, Saint Antoine de Padoue et l’enfant Jésus
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  • 3 - Saint Antoine ermite
    3 - Saint Antoine ermite
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  • 4 - Sainte Barbe
    4 - Sainte Barbe
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  • 5 - A-G. Decamps, Souvenir de Turquie d’Asie
    5 - A-G. Decamps, Souvenir de Turquie d’Asie
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  • 6 - Le Christ ressuscité apparaissant à Marie-Madeleine
    6 - Le Christ ressuscité apparaissant à Marie-Madeleine
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  • 7 - Hôtel Gaillard, Petit salon, vers 1890, avec la tapisserie du Christ ressuscité en haut à droite
    7 - Hôtel Gaillard, Petit salon, vers 1890, avec la tapisserie du Christ ressuscité en haut à droite
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  • 8 - Lampe de mosquée
    8 - Lampe de mosquée
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Mais où est passée la collection Gaillard ? Notre enquête sur cette collection exceptionnelle maintenant dispersée

Émile Gaillard (1821-1902) a fait construire l’hôtel particulier de style néo-gothique dans lequel s’installera la Cité de l’économie. Il avait des goûts artistiques très développés. Passionné par l’art du Moyen Age et de la Renaissance, il avait constitué, au cours des ans, une collection considérable de mobilier, objets décoratifs, tapisseries et autres œuvres d’art de ces périodes.

Cette collection, présentée dans l’écrin de l’hôtel Gaillard, était dominée par les objets mobiliers du XVIe siècle : sculptures sur bois, terre-cuite, pierre et marbre ; tapisseries et vitraux ; céramiques italiennes, françaises et hispano-mauresques ; verreries ; mobilier gothique, tableaux anciens… d’une richesse extraordinaire. Mais elle comportait également des œuvres d’artistes contemporains de grande renommée à l’époque comme Alexandre-Gabriel Decamps, Narcisse Diaz de la Peña et Jules Dupré : ainsi que le signalait Émile Molinier, conservateur honoraire des musées nationaux, « la peinture du XIXe siècle le séduisait également par ses accents de vérité et de sincérité, par sa compréhension exacte de la nature ».

Après le décès d’Émile Gaillard, la plus grande partie de sa collection d’œuvres d’art fut dispersée lors d’une grande vente aux enchères organisée en 1904. D’autres ventes eurent lieu ultérieurement, notamment après le décès de la veuve d’Émile Gaillard, en 1916. Ses héritiers firent également des dons à plusieurs musées.

La « Vierge et l’enfant Jésus », échantillon des plus remarquables d’un art qui a produit des merveilles

Lors de la vente de 1904, les 40 tableaux modernes, aquarelles, sépias et dessins furent vendus par la galerie Georges Petit. L’enchère la plus élevée atteignit 107 000 francs de l’époque pour « l’Abreuvoir », un tableau de Jules Dupré, peintre paysagiste apparenté à l’école de Barbizon.

La vente des objets d’art et de haute curiosité ainsi que des tableaux anciens, au total plus de 1 000 pièces, eut lieu sous une vaste tente, dressée dans la cour de l’hôtel Gaillard. Elle débuta par les tableaux anciens. La plus forte enchère fut atteinte par une toile de Bartolomé Estéban Murillo, provenant de l’ancienne collection du duc de Morny et représentant « Saint Antoine de Padoue et l’enfant Jésus » (voir photos 1 et 2), qui monta à 6 200 francs. Un grand plat en faïence de Faenza atteignit des records puisqu’il fut adjugé à 51 000 francs ! Le comte Isaac de Camondo, mécène et grand collectionneur, acheta pour sa part une grande statue en pierre sculptée, du XVe siècle, représentant la « Vierge et l’enfant Jésus », adjugée 32 000 francs. Cette œuvre, qui ornait l’escalier d’honneur de l’hôtel Gaillard, fut qualifiée par Émile Molinier d’« échantillon des plus remarquables d’un art qui a produit des merveilles ».

Que sont devenues aujourd’hui les œuvres dispersées de la collection Gaillard ?

Certaines d’entre elles ont rejoint les collections des plus grands musées du monde. Ainsi, peut-on admirer aujourd’hui au musée du Louvre, dans la salle dite « des Belles Madones », la statue de la « Vierge à l’enfant Jésus », legs de Isaac de Camondo en 1911. Le style gracieux de cette statue et, en particulier, la pose sinueuse et le geste recherché, dans le goût du gothique international, permettent d’attribuer cette Vierge à l’école lorraine.

Le musée de Cluny présente également deux très belles œuvres de pierre sculptée, du XVe siècle, un « Saint Antoine ermite » de l’école bourguignonne et une « Sainte Barbe » provenant de Normandie (voir photos 3 et 4).

Trois meubles du XVIe siècle, un lit à dais orné de lambrequins en soie ainsi que deux coffres de bois sculptés sont conservés au château d’Azay-le-Rideau.

Le musée des Beaux-Arts de Reims présente, pour sa part, une huile sur toile d’Alexandre-Gabriel Decamps, datée de 1840, « Souvenir de Turquie d’Asie » (voir photo 5), représentative du goût pour l’orientalisme de ce peintre.

Mais il faut traverser l’Atlantique pour contempler la splendide tapisserie flamande du début du XVIe siècle, de laine et soie tissée d’or, représentant « le Christ ressuscité apparaissant à Marie-Madeleine » (Cloisters collection, New-York (voir photos 6 et 7)), qui ornait initialement le Petit Salon d’Émile Gaillard. Le Metropolitan Museum expose également une lampe de mosquée en verre émaillé et doré réalisée en Égypte au XIIIe siècle, provenant du mausolée d’Amir Aydakin al-‘Ala’i al-Bunduqdar (voir photo 8), ainsi qu’une coupe sur pied en majolique, du XVe siècle, provenant d’Italie, aux armes de Ridolfi di Borgo. Le Clark Art Institute, situé à Williamstown dans le Massachussetts, qui possède de nombreuses œuvres de peinture française du XIXe siècle, notamment impressionnistes et de l’École de Barbizon, présente « le Paysan italien » de Alexandre-Gabriel Decamps, œuvre dans laquelle l’artiste livre une étude de couleurs et de lumière originale.

D’autres œuvres ont circulé sur le marché de l’art comme la grande tapisserie de Tournai représentant une scène pastorale, vendue par Sotheby’s en 2007, la toile de Gustave Ricard, « Blonde énigme », ou l’œuvre de Narcisse Diaz de la Peña, « l’Abandonnée », présentée au Salon 2015 des Beaux-Arts de Paris.

Mais on ignore la localisation actuelle de très nombreuses œuvres, et notamment de celles qui ont obtenu de hautes enchères comme « L’Abreuvoir » de Jules Dupré ou le « Saint Antoine de Padoue et l’enfant Jésus » de Murillo . Il est possible qu’une grande partie de cette collection Gaillard se trouve toujours en mains privées.

Si vous possédez certaines de ces œuvres ou connaissez leur localisation actuelle, n’hésitez pas à nous le signaler !

Bibliographie

Émile MOLINIER, Catalogue des objets d’art et de haute curiosité de la Renaissance, tapisseries et tableaux anciens composant la Collection Émile Gaillard, Imprimerie Georges Petit, 1904.

Marie-Madeleine AUBRUN, Catalogue raisonné de l’œuvre de Jules Dupré, L. Laget, 1974.

Enrique VALDIVIESO, Murillo : Catalogo razonado de pinturas, Ed. El Viso, 2010.

Photographies

Hôtel Gaillard, Salle de bal, vers 1890, avec le Saint Antoine de Padoue de B. Murillo en haut à droite.

Bartolomé Murillo, Saint Antoine de Padoue et l’enfant Jésus, photo, Catalogue Molinier, 1904.

Saint Antoine ermite, Musée de Cluny – RMN.

Sainte Barbe, Musée de Cluny – RMN.

A-G. Decamps, Souvenir de Turquie d’Asie, Musée des Beaux-arts de la ville de Reims, photo : C. Devleeschauwer.

Le Christ ressuscité apparaissant à Marie-Madeleine, Cloisters Collection – Metropolitan Museum of Art.

Hôtel Gaillard, Petit salon, vers 1890, avec la tapisserie du Christ ressuscité en haut à droite.

Lampe de mosquée, Metropolitan Museum of Art.

Cet article est basé sur des recherches qu’avait commencées notre collègue Marie-Hélène de Bazelaire, en charge des collections patrimoniales à Citéco, décédée subitement le 29 avril 2015. Cette publication est une occasion pour l’équipe de Citéco de lui rendre hommage.

Citéco remercie le Musée de Cluny, la RMN et le Metropolitan Museum of Art d’avoir aimablement autorisé la reproduction dans cet article des photos des statues de Saint Antoine ermite et Sainte Barbe, de la tapisserie du Christ ressuscité et de la lampe de mosquée.

 


Publié le 26 juillet 2016.