José, la marque de mode responsable et centrée sur l’humain

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Dans notre recherche de nouvelles formes et tendances entrepreneuriales, nous avons rencontré Amélie Peaucellier, fondatrice de la start-up José qui s’inscrit dans une démarche de mode éthique. Avec l’essor de la slow fashion qui se veut plus responsable durable et engagée, les marques de mode éthique émergent de plus en plus. Si certaines se concentrent davantage sur le choix des matières, sur la dimension locale, sur l’aspect environnemental, ou encore vegan, la marque José, pour sa part, place l’humain au cœur de son engagement.

Rencontre

Qu’est-ce que José ?                                                                                                                                   
José est une marque de mode éthique qui propose des pulls issus du commerce équitable et produits en Bolivie. Son leitmotiv ? Mettre en avant l’humain à travers le travail des artisans en proposant des produits durables à un prix raisonnable et avec une rémunération juste.  

Quelle est l’origine du projet ?   
Alors qu’au retour de Bolivie les touristes portent tous le même pull aux motifs incas, l’idée de José apparait : revaloriser le savoir-faire de l’artisanat local qui, ici, n’est pas représenté avec ces pulls en fibres synthétiques, achetés sur des marchés à moindre coût.

Pourtant, il existe un vrai savoir-faire ancestral du travail de la maille en Bolivie. 

Ainsi le projet démarre avec ce pull aux motifs incas redesigné depuis Paris, plus à l’européenne, puis départ en Bolivie pour rechercher des artisans avec qui collaborer. 

Pourquoi avoir choisi le nom de José ?
Tout simplement car il s’agit d’un des prénoms les plus communs en Bolivie. 

Quelles sont les valeurs de José ?
Avec ces pulls aux motifs qui s’inspirent des paysages de Bolivie, nous ne souhaitons pas nous inscrire dans une démarche d’appropriation culturelle mais au contraire établir un véritable partage de l’expertise de chacun. 

La valorisation d’un savoir-faire, le travail avec des artisans rémunérés de manière juste pour un produit durable et le partage des cultures sont les valeurs qui animent notre marque.  

En février 2017, le projet est lancé : développement du branding et de l’identité de marque, départ en Bolivie pour rencontrer des artisans, début des shootings … En septembre 2017, les premiers pulls sont vendus !

Comment s’est passée la rencontre avec les artisans ?
Après avoir exploré les différents ateliers boliviens pour trouver les artisans avec qui travailler, s’entame alors un processus de formation notamment aux normes et standards européens. Une quinzaine de prototypes sont réalisés pour donner naissance aux modèles souhaités.

Le savoir-faire ancestral du travail de la maille de ces artisans est exporté à l’étranger ! On porte et importe leur artisanat ancré dans leur culture depuis des générations, ils ne peuvent qu’en être fiers !  

Les artisans travaillent donc la maille sur des machines artisanales dans plusieurs workshops qui sont rattachés aux trois ateliers avec lesquels nous nous sommes associés. Il faut compter entre six et neuf heures pour la production d’un pull !

Ce qui incarne l’engagement de José c’est avant tout les conditions dans lesquelles les artisans travaillent. Ces ateliers qui sont certifiés Fairtrade leurs procurent une véritable sécurité : ils bénéficient de la sécurité sociale, d’assurances santé, cotisent pour la retraite etc. 

•   La rémunération

Notre valeur essentielle est de proposer une rémunération juste aux artisans. Si le salaire moyen déclaré en Bolivie se situe entre 350 et 400 € et avec un minimum légal de 150 €, les artisans qui travaillent avec José touchent autour de 800 € avec une rémunération fixe et une rémunération selon le nombre d’articles produits.

Quel est le fonctionnement économique de José ?

•   Le financement

José s’inscrit dans une démarche entrepreneuriale jusque dans son financement. En effet, pour compléter l’apport financier investi initialement, une campagne de financement participatif a été menée via la plateforme en ligne Ulule. Un succès : environ 600 commandes qui ont permis de lever 70 000 € de fonds en un mois.

•   La distribution

José c’est avant tout une marque d’e-shop qui collabore également avec des distributeurs exclusifs, des agences de voyage françaises en Bolivie (qui interviennent dans l’écotourisme). La marque travaille par ailleurs avec des partenaires tels que La Folie Douce Hôtels à Chamonix et est commercialisée en tant que marque blanche. 

•   Quelques chiffres

Aujourd’hui, José est en création de valeur avec un bénéfice – léger comme l’évoque Amélie – mais aucune perte ! Avec une base de 2 500 clients dont 13% sont récurrents, et un panier moyen de 139 €, 15 000 personnes qui suivent la marque sur les réseaux sociaux et 4 000 visites sur son site, la marque José s’installe sur le marché de la mode éthique. 

Qu’est-ce que la mode éthique selon vous ? 

La mode responsable selon moi, est souvent utilisée comme un argument marketing. 

Avec José, nous souhaitons surtout éveiller les consciences mais en aucun cas transmettre un discours culpabilisateur. Notre démarche s’inscrit davantage dans la volonté de faire découvrir les clés de ce nouveau mode de consommation.

Au-delà des vêtements, ce sont des valeurs que l’on porte et si le sujet commence à émerger de plus en plus, il en est surtout de la responsabilité des marques et des entreprises de permettre aux consommateurs de pouvoir se vêtir de manière responsable. S’ils ont ce souhait de mieux consommer, encore faut-il que les produits soient disponibles. 

L’enjeu de la mode éthique est avant tout un souci d’éducation et de transparence pour comprendre, par exemple, dans le cas de notre marque : combien coûte un pull José, combien rentre dans la poche de José, combien rentre dans la poche des artisans. 

Pour un produit José, cela implique : 10 % d’export, 20 % de TVA, la livraison offerte, le coût des matières premières, la rémunération des artisans ou encore le service client (gestion des retours gratuits). 

La mode éthique reste coûteuse, bien sûr, mais il est important d’en comprendre le processus.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées avec José ?

La distance est un frein car il est pour moi essentiel de maintenir un lien continuel avec les artisans - avec lesquels je communique très souvent via WhatsApp - et pouvoir assurer un suivi depuis Paris jusqu’en Bolivie. 

Mon statut d’entrepreneur, s’il m’apporte de nombreux avantages, implique toutefois beaucoup de responsabilités : tout repose sur soi et il ne faut pas avoir peur de la solitude.  

Enfin, il nous faut anticiper quant à l’avenir de la laine d’alpaga qui n’est pas éternelle et constitue pourtant une ressource essentielle à la production de nos pulls José. 

Quels sont vos projets ? 

Une nouvelle collection enfant est en préparation et nous proposerons également des produits accessoires comme des gants ou des bonnets, de quoi être paré pour l’hiver ! 

Concernant notre engagement responsable, nous souhaitons réduire notre impact carbone en optimisant les envois depuis la Bolivie. 

Nous nous intéressons également à l’association Tree qui selon l’empreinte générée par les entreprises, propose de leur incomber une charge reversée pour la replantation d’arbres.

L’utilisation de colorants naturels pour la production de nos pulls figure aussi dans nos projets. 

Bien sûr, nous souhaitons faire grandir nos ateliers ou encore développer notre stratégie B to B pour s’assurer davantage de stabilité financière. 

L’enjeu du projet José est ainsi de développer des ateliers à la Paz en Bolivie tout en développant la marque à Paris et en proposant une rémunération juste pour les artisans avec des produits de qualité, à l’image de tout un savoir-faire.


Publié le 2 juillet 2019.