L’architecture néo-gothique et néo-renaissance

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    Biltmore Estate (Caroline du Nord)
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    Palais de Westminster (Londres)
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    Mérimée
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    Hôtel Gaillard (Paris)
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    Tribune Tower (Chicago)
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    Cathédrale de Cologne
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    Arcisse de Caumont
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    Château d’Abbadia (Hendaye)
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    Université Catholique de Lille
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    Biltmore Estate (Caroline du Nord)
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    Palais de Westminster (Londres)
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    Basilique de Saint-Denis (gravure)
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    Basilique de l’Immaculée Conception (Lourdes)
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    Basilique Sainte-Clotilde (Paris)
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    Château de Hohenschwangau
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    Château de la Flachère (Saint-Vérand)
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    La Cordelière (Troyes)
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    Auxi le Château - Hôtel de ville
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    Lyndhurst Castel (Etat de New York)
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    Lycée international de Saint-Germain-en-Laye
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    Lycée international de Saint-Germain-en-Laye
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    Lycée international de Saint-Germain-en-Laye
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    Xanadu, le Palais de Citizen Kane
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    Saint Patrick (New York)
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    Notre-Dame de Bonsecours (région de Caen)
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    Palais des Doges (Venise)

L’hôtel Gaillard, dans lequel sera installée la Cité de l’économie et de la monnaie, est un chef d’œuvre de l’architecture néo-gothique/néo-renaissance. Construit entre 1878 et 1884 par Émile Gaillard et son architecte Victor-Jules Février, il s’inspire explicitement des châteaux de Gien et de Blois, édifiés respectivement aux XVe et XVIe siècles.

En effet, les styles architecturaux n’apparaissent pas, au fil de l’histoire, dans une chronologie parfaitement rythmée. Les styles naissent, perdurent, se marient, s’entremêlent, s’exacerbent ; ils disparaissent, renaissent, au gré des contraintes économiques, des innovations techniques, des ambitions socio-politiques, culturelles, scientifiques ou spirituelles, sans parler des influences de l’imaginaire collectif. « Le caractère particulier des architectures provient aussi du climat mental dans lequel elles se sont développées » disait l’écrivain et critique d’art anglais John Ruskin (1819-1900).

L’utilisation de la grammaire gothique, en particulier en architecture, est peut être l’exemple le plus illustratif de la vie des styles architecturaux dans l’histoire : de l’époque où l’abbé Suger conçoit la cathédrale de Saint Denis (XIIe siècle) à l’érection de la Tribune Tower de Chicago (en 1925), voire à la conception de la maison de Citizen Kane dans le film réalisé par Orson Welles (en 1941), ce style a connu engouement et mépris, oubli puis survivance et renaissance.

Le gothique a été considéré comme parangon de l’art architectural : on disait que les lumineuses dentelles gothiques ne reposaient pas sur terre mais étaient tenues par les nuages.

Mais le gothique a aussi été fort méprisé : au XVe siècle, pour certains italiens de la Renaissance, le gothique était un art barbare qui avait oublié les leçons gréco- romaines. De même, Molière jugeait ainsi le gothique : « Ces monstres odieux des siècles ignorants » (dans son poème « La gloire du dôme du Val de Grâce », 1669).

Mais, plus tard, en 1820, l’architecte anglais Augustus Pugin (1812-1852), théoricien converti au catholicisme, bâtisseur de Westminster, pensait que l’esthétique gothique était le fruit d’une société pure, chrétienne. Pour lui, le classicisme était païen.

Ruskin, admiré par Marcel Proust qui traduisit lui-même en français sa « Bible d’Amiens », trouvait que « l’idéal architectural » était le Palais des Doges à Venise, construit en 1340.

En France, l’historien et archéologue Arcisse de Caumont (1801-1873) donna à la « renaissance gothique » son assise scientifique, historique et archéologique. Il fonda, entre autres, la Société des antiquaires de Normandie, la Société française d’archéologie, la Société pour la conservation des monuments. Par ailleurs, il publia une histoire sommaire de l’architecture religieuse, civile et militaire au Moyen Age et une histoire de l’architecture au Moyen Age.

La pensée intellectuelle et artistique dominante au début du XIXe siècle est marquée par le romantisme, le relativisme, le nationalisme (Fichte, De Staël). Les romantiques et le courant historiciste ont réveillé les goûts pour les arts du Moyen Age. Victor Hugo publie, en 1830, « Notre Dame de Paris » : dans cette œuvre, l’édifice est élevé au rang de personnage.

« Le caractère particulier des architectures provient aussi du climat mental dans lequel elles se sont développées »

Mérimée occupe le poste d’inspecteur des Monuments Historiques, instance créée en 1837. Le regard porté sur les monuments historiques devient respectueux. Viollet le Duc, ami de Mérimée, entreprend la restauration de nombreux édifices gothiques emblématiques : l’abbatiale de Vézelay, Notre-Dame de Paris, l’abbaye du Mont Saint-Michel. Et beaucoup d’églises édifiées au XIXe siècle le furent dans ce style, à l’instar de la basilique de l’Immaculée Conception de Lourdes, terminée en 1871.

En Allemagne, la cathédrale de Cologne, dont l’édification avait commencé au XIIIe siècle, est achevée en 1880 et certains châteaux bavarois ont, auparavant, été édifiés dans le style néo-gothique.

Mais c’est incontestablement en Angleterre que le néo-gothique (Gothic revival) s’est le plus développé et que l’on en trouve le plus grand nombre d’exemples, aussi bien dans l’architecture civile que dans l’architecture sacrée.

Le néo-gothique a, en quelque sorte, dénaturé, abâtardi, falsifié son héritage. L’éclectisme, le goût des métissages, de la copie, de la profusion ornementale et décorative, associés à la qualité exceptionnelle des artisans de l’époque, ont participé à cette « contrefaçon ». L’hôtel Gaillard en est l’un des meilleurs exemples.

Par ailleurs, le néo-gothique a été utilisé de façon paradoxale. Ce style a la volonté d’afficher du nouveau en convoquant le passé et l’histoire (1). Peut-être ses promoteurs pensaient-ils récupérer ainsi les messages spirituels et politiques que l’architecture gothique originelle, à son apogée, par sa pureté structurelle, a si bien illustrés. La résurgence du gothique, constituait aussi un « rempart » esthétique face aux doutes qu’apportaient la philosophie et les sciences triomphantes au XIXe siècle. Une hypothèse est que le retour aux valeurs du gothique était, parfois, un « confort » dont une partie de la bourgeoisie ambitieuse, industrielle et financière de la seconde moitie du XIXe siècle pouvait ressentir le besoin.

En tout état de cause, il est intéressant de noter que nombre d’édifices néo-gothiques ont été, comme l’hôtel Gaillard, édifiés par des entrepreneurs ou hommes d’affaires. Aux États-Unis, centre émergeant du capitalisme à la fin du XIXe, cette tendance a été particulièrement nette, avec notamment le Biltmore Estate, construit en 1888-95, en Caroline du Nord, par l’architecte Richard Morris Hunt pour le milliardaire George Vanderbilt, magnat du secteur ferroviaire. Comme l’hôtel Gaillard, le Biltmore Estate est inspiré du château de Blois.

 

(1) Éclectisme et historicisme sont deux variantes d’une démarche se référant à des styles historiques ou régionaux. L’éclectisme mêle plusieurs styles dans un même ouvrage tandis que l’historicisme (néo-…) s’attache au style particulier d’une époque donnée, dont le vocabulaire formel est fidèlement copié: ainsi, au XIXe siècle, se développent le néo-roman (gare de Metz), le néo-gothique (nombreuses églises, université de Lille, hôtel Gaillard…), le romano- byzantin (Sacré Cœur de Montmartre, nombreuses églises…) et le néo-renaissance (maisons à Nancy, façades parisiennes place Catroux et Bd Malesherbes).
 

Publié le 5 juin 2012.