Le Loto du patrimoine, remède innovant pour pallier les besoins de financements de la culture

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D’une façon ou d’une autre, le loto a forcément déjà croisé votre chemin, au moins une fois dans votre vie. Le loto. Vous savez, ce jeu de hasard dans lequel il faut trouver les 5 numéros gagnants sur une petite grille et qui permet aux plus chanceux de devenir riches de parfois plusieurs millions d’euros ! À l’occasion des Journées du Patrimoine 2018, c’est un tirage un peu particulier qui se déroulera, celui du loto du patrimoine.

Cette initiative fait partie de la mission « Patrimoine en Péril » confiée par le président de la République à Stéphane Bern, consistant à identifier, avec l’appui des services du Ministère de la culture et de la Fondation du patrimoine, les biens patrimoniaux en péril et à proposer des sources de financement innovantes afin de les sauvegarder. La mise en place de ce loto original sera une première en France ! On estime la recette de cette initiative entre 15 et 20 millions d’euros.

En quoi cela consiste ?

Ce loto du patrimoine ressemble à un loto traditionnel : c’est un jeu de hasard avec des gains à la clé pour les joueurs . À la différence près , que pour ce jeu , la part réservée à l’État en temps normal, est consacrée à la restauration de plusieurs monuments en France. Deux types de jeux sont prévus : un jeu à gratter dont le lancement est le 3 septembre, à chaque billet acheté à 15 €, 1,52 € sera reversé à la Fondation du Patrimoine, et un super loto qui aura lieu le 14 septembre, avec un jackpot s’élevant à 13 millions d’euros !

269 « monuments en péril » bénéficieront de ces fonds, parmi eux, 18 seront prioritaires : un par région, soit 13 en France métropolitaine et 5 en Outre-mer.  Il y aura, entre autres, l’ancien fort militaire Fort-Cigogne à Fouesnant (Finistère), le Couvent Saint-François à Pino (Haute-Corse), l’usine sucrière de Soulou, M’Tsangamouji (Mayotte), ou encore le théâtre des « Bleus de Bar » à Bar-le-Duc (Meuse).

La variété a en effet été un critère déterminant dans la sélection des édifices à restaurer. Variété des régions mais aussi de la nature des monuments retenus, qui va d’églises aux châteaux, en passant par des maisons célèbres, des forts, des hôtels et même une sucrerie.

Un système gagnant-gagnant
Tout d’abord, bien sûr, cette cagnotte permettra de restaurer plus de 200 bâtiments considérés « en péril » et que l’État ou les communes n’ont pas les moyens de restaurer. Cette initiative participe à l’engagement du quinquennat d’Emmanuel Macron de dédier plus de fonds à la restauration du patrimoine en péril. Le budget consacré au patrimoine, 326 millions d’euros, a été augmenté de 5% et s’élève donc à 362 millions d’euros. Le loto du patrimoine complète ces mesures.

Les joueurs ont eux aussi, beaucoup à gagner. Pour les tickets à gratter il y aura 6 gros lots permettant de remporter jusqu’à 1,5 millions d’euros, montant inédit pour ce type de jeu en France. Stéphane Pallez, PDG de la Française des Jeux, interviewée dans Le Parisien le 31 mai 2018, affirme que le loto du patrimoine « doit être attractif si l’on veut que les Français aient envie de tenter leur chance », c’est pour cela que tout est fait pour attirer le public. Ce loto est aussi, pour les joueurs, une façon de montrer leur intérêt pour la sauvegarde du patrimoine français, de s’engager pour une cause en laquelle ils croient, tout en se divertissant.

Il ne faut pas le cacher, cette initiative est également une aubaine pour la Française des Jeux. Le loto du patrimoine offre la possibilité à la société de se renouveler grâce à cette idée originale mais aussi de toucher un public différent, qui n’a pas l’habitude de jouer et surtout, un public nombreux : 12 millions de Français participent aux Journées du Patrimoine.

Les limites
Malgré ses nombreux avantages, le loto du patrimoine a ses limites. Les 15 à 20 millions espérés ne couvriront pas les restaurations des 269 monuments prévus. Pour combler le manque, Stéphane Bern a lancé cet été un appel aux dons pour inciter le public à s’engager pour sauver les monuments en péril. Mais le lancement est difficile et peine à mobiliser les foules. Début août, « Monsieur Patrimoine » n’avait réussi à réunir que 1,3 million d’euros, rapportait Le Parisien. C’est peu par rapport aux besoins de financement qui s’élèveraient à 54 millions d’euros d’après le ministère de la Culture.

 

Ce n’est qu’un premier pas, l’idée du loto du patrimoine est toutefois ingénieuse pour remédier au manque de financements. Si c’est une première en France, ce système est déjà utilisé depuis plusieurs années en Europe, par exemple en Grande-Bretagne. On pourrait imaginer, avec le temps, et si le loto du patrimoine est un succès, d’utiliser ce financement dans d’autres domaines et pas simplement pour la culture. En 2012, une loterie britannique avait financé une partie des JO de Londres. Le loto, futur sponsor de Paris 2024 ?

 


Publié le 3 septembre 2018.