Too Good To Go, le système « gagnant - gagnant - gagnant »

Space
Too Good To Go

Dans notre démarche d’exploration des nouvelles économies de demain, nous avons voulu rencontrer des start up qui se posent des questions sur l’avenir, qui ne prennent rien pour acquis, qui modifient les esprits. 

Nous avons eu la chance de rencontrer Rose Boursier-Wyler, la responsable presse et affaires publiques de Too Good To Go, la start up qui révolutionne le marché de l’alimentation. Nous avons parlé des débuts de Lucie Basch, la fondatrice de la boite, de la façon dont To Good To Go se finançait, du gaspillage alimentaire.

Too Good To Go, c’est quoi ?
C’est une application qui permet aux utilisateurs d’acheter près de chez eux, à prix réduits, des paniers d’invendus à des commerçants. Les utilisateurs profitent ainsi de la lutte contre le gaspillage pour bénéficier de produits moins chers. Depuis sa création, To Good To Go a sauvé plus de 2 millions de repas.

Too Good To Go, c’est qui ?
Lucie Basch a 26 ans et est ingénieure centralienne de formation. Elle a commencé sa carrière dans l’agroalimentaire. L’alimentation, c’est quelque chose qui l’a toujours intéressée. Parce que c’est fédérateur et que ça touche tout le monde. L’alimentation nous renvoie aussi à notre condition d’humain, c’est un lien avec la nature et nos ressources naturelles, ce sont des choses qui viennent directement de la terre .
Avant de se lancer dans l’aventure Too Good To Go, Lucie travaillait dans une usine de production et  était en charge d’améliorer les process, c’est-à-dire, de produire plus vite et pour moins cher, sans penser au fait que ce système créerait plus de pertes. Au bout de deux ans, Lucie a démissionné pour se consacrer à un projet qui avait plus de sens pour elle.
Elle est partie au Danemark et s’est rendu compte qu’elle n’était pas la seule à avoir eu cette idée. Initialement, l’implantation de l’application s’est faite au Danemark. Lorsque la loi Garot est entrée en vigueur en février 2016 - loi qui oblige les supermarchés de plus de 400 m2 à signer une convention de don pour distribuer leurs invendus - Lucie s’est dit que c’était le moment de s’implanter en France.

« L’année dernière on était dix et aujourd’hui on est plus d’une trentaine  ! »

À la conquête du monde
Too Good To Go existe dans neuf pays en Europe : Royaume Unis, Suisse, Belgique, Pays Bas, Danemark, Norvège, Allemagne et Espagne. Ce sont des pays déjà très ouverts à ce type de problématiques. On voulait vraiment construire une forteresse en Europe pour asseoir le fonctionnement de notre système. On s’est lancés en Belgique et aux Pays-Bas il y a quatre mois, aujourd’hui « ça cartonne », donc on va continuer à s’implanter en Europe (l’Espagne vient tout récemment de se lancer avec Madrid.) Notre objectif est d’être présent dans le monde entier. Il y a aussi des commerçants qui viennent à notre rencontre. Certains, habitants des villages isolés, nous ont appelés en disant qu’ils avaient entendu parler de Too Good To Go à la TV et qu’ils voulaient en faire partie. Aujourd’hui nous sommes implantés dans plus de 500 communes.

« Le plus difficile a été de convaincre les entreprises de rejoindre le projet. Elles avaient peur de nuire à leur image de marque. Finalement, quelques pointures dans le domaine de la restauration ont fini par accepter, et ont fait figure d’autorité auprès d’autres enseignes. On a commencé à s’implanter à Paris et à Lille. Aujourd’hui on est présents partout en France, on a 4 000 commerçants partenaires, plus de 2 millions de téléchargements, on sauve 11 000 repas par jour ! »


La lutte contre le gaspillage alimentaire
Too Good To Go permet à des gens qui n’ont pas beaucoup de moyens de se nourrir avec de bons petits plats. Il y a beaucoup de personnes en situation de précarité, des familles nombreuses, des étudiants ou encore des parents qui nous écrivent pour nous dire à quel point cette application change leur vie quotidienne. Le cœur de cible c’est le gaspillage alimentaire. L’idée de Lucie était d’offrir des solutions.

« Ce que nous voulons aujourd’hui c’est devenir experts de l’anti-gaspi. »

Dans l’application, une plateforme « donne à un sans-abris » a été mise en place. Cela offre la possibilité aux utilisateurs de faire très facilement des dons à des associations qui récupèrent soit des produits de nos commerçants, soit d’ailleurs, et qui les distribuent lors de leurs maraudes. La boucle est ainsi bouclée ! Tout le monde n’a pas forcément accès aux applications. C’est pour permettre à tous de profiter de Too Good To Go, que cette possibilité de don a été mise en place. On permet aussi à certains commerçants, ils sont une petite dizaine, de donner l’ensemble de leurs recettes Too Good To Go à Action contre la faim.

Le biz
Le business plan de Too Good To Go est « très bien pensé ». L’application est sans engagement, gratuite pour les consommateurs et pour les commerçants. Il fallait trouver une solution aussi simple que le fait de jeter. La start up se rémunère donc sur la valeur du produit destiné à la poubelle qui a été remis sur le marché. Il y a une commission fixe par panier vendu. Cela permet de faire gagner de l’argent aux commerçants, un petit peu, ils ne le font pas pour ça, parce que c’est « peanut », mais c’est toujours mieux que de la perte sèche. L’utilisateur, lui, économise de l’argent puisque les paniers vendus sont 70% moins cher que leur prix d’origine. En parallèle, on se développe en tant qu’application, on crée des emplois et ont créé de la valeur économique sur la réduction du gaspillage alimentaire. Notre chiffre d’affaire est directement corrélé au gaspillage alimentaire.

« Too Good To Go, c’est un système gagnant – gagnant – gagnant »

La révolution Too Good To Go
Too Good To Go, c’est la preuve que l’on peut créer de la valeur tout en étant solidaire, c’est ça qui est révolutionnaire. Il faut qu’on arrête de dé-corréler l’argent de la vraie valeur sociale et environnementale. On a tendance à cracher tout le temps sur l’argent. Dans le best-seller Homo sapiens, est expliqué que le premier lien de l’Homo sapiens avec l’autre c’était l’échange, le troc. On croyait déjà en l’argent, même avec son pire ennemi, on échangeait. C’est le premier lien que l’on a tissé avec un autre être humain alors qu’aujourd’hui, on voit l’argent comme le premier truc qui va nous détruire.

Next step ?
Chez Too Good To Go, on a  envie d’aller de plus en plus vers l’éducation, d’œuvrer en faveur d’un mouvement plus global de changement sociétal. On rencontre des députés, des industriels, pour échanger avec eux sur la façon dont on pourrait limiter le gaspillage alimentaire. En ce moment, notre combat ce sont les dates de péremption. On veut limiter les confusions qu’il peut y avoir entre la date limite de consommation (DLC) et la date de durabilité minimale (DDM). La plupart des gens ne voient pas la différence et jettent sans se poser de question. Alors que quand on dépasse la date de durabilité minimale d’un produit, la denrée ne présente pas de danger, elle peut juste perdre une partie de ses qualités : goût, texture... Cette méconnaissance est responsable de 20% du gaspillage alimentaire dans les foyers.

« C’est juste un problème d’éducation. C’est même un problème de sémantique.»

Le produit est meilleur avant cette date, mais toujours bon après. À la rentrée, on a lancé une campagne de communication autour de tous ces produits-là, elle se termine par une pétition le 1er octobre pour inciter les marques à changer la sémantique de leur DDM pour écrire « à consommer de préférence avant… mais toujours bon après » sur tous les produits concernés ! Toujours en octobre, on rassemble des experts autour d’une table : un industriel, un distributeur… pour débattre de ce sujet, parler des blocages, des leviers d’amélioration etc. À l’issue de ces échanges, on souhaiterait aller au gouvernement avec de vraies propositions et avancer ensemble dans la lutte du gaspillage alimentaire.

 


Publié le 01 octobre 2018.