Le statère d’or des Parisii

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    Statère d’or des Parisii (avers)
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    Statère d’or des Parisii (revers)
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    Statère de Philippe II de Macédoine (avers)
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    Statère de Philippe II de Macédoine (revers)

Le statère d’or des Parisii est certainement l’une des plus belles monnaies gauloises ainsi qu’un rare témoignage de ce peuple qui vivait en Île de France au IIe siècle avant J.-C. Il illustre tant l’influence économique et culturelle de la Grèce antique que l’originalité de la production monétaire des peuples celtes.

Les Parisii étaient un peuple celte installé en Gaule vers le milieu du IIIe siècle avant notre ère. Leur place forte, mentionnée par Jules César dans « La guerre des Gaules », était construite sur une grande île de la Seine. Cette situation au confluent de ce fleuve et de la Marne faisait de leur territoire une étape obligée du commerce fluvial. La population, bénéficiant de conditions matérielles favorables, était vraisemblablement dense. Sa prospérité est d’ailleurs attestée par les trouvailles monétaires réalisées en plein cœur de Paris et dans ses abords immédiats.

L’influence grecque

On estime que la monnaie apparaît en Gaule dès la fin du VIe siècle avant J.-C., avec les pièces d’argent émises par la cité grecque de Massalia (l’actuelle Marseille). C’est au cours du IIIe siècle que la monnaie d’or est introduite dans les territoires gaulois. Elle provient des soldes payées par les souverains macédoniens (Philippe II de Macédoine et son fils Alexandre le Grand) à leurs mercenaires celtes. Ces monnaies circulent dans toute l’Europe mais, très vite, elles deviennent insuffisantes pour le commerce. Dès lors, des imitations, reproduisant fidèlement tous les détails du modèle, apparaissent. Elles sont produites dans des centres monétaires régionaux qui se développent au IIe siècle avant J.-C., notamment chez les peuples Arvernes et Éduens (Auvergne et Bourgogne actuelles).

La technique utilisée par les artisans gaulois est celle de la frappe au marteau. Le graveur confectionne deux coins (matrices de métal) gravés en creux pour porter les motifs qu’il souhaite imprimer sur les deux faces de la pièce : l’avers (côté « face »), qui porte généralement le portrait d’un dieu, et le revers (côté « pile »). Le morceau de métal est chauffé puis placé entre les deux coins, dont l’un, mobile, est frappé avec un marteau.

C’est donc en utilisant des originaux grecs puis en les copiant que les Gaulois adoptent la monnaie. Mais, rapidement, cette production monétaire se détache du modèle grec d’origine et devient le reflet de l’esprit celte.

L’originalité celte

Cette évolution est particulièrement remarquable avec ce statère des Parisii, qui dérive du statère d’or de Philippe II de Macédoine.

À l’avers, la tête d’Apollon couronnée de laurier, qui figure sur la monnaie macédonienne, a été transformée par les Parisii, grâce à une stylisation assez avancée des éléments du visage. Le profil est constitué de formes détachées les unes des autres : le nez est un trait droit, la bouche un demi-anneau. L’œil est présenté de face alors que la tête est de profil, à la manière d’une décomposition cubiste. La coiffure du modèle original, où se mélangent mèches de cheveux et feuilles de laurier, est devenue un décor abstrait et décoratif faits d’arcs de cercle et de volutes. Le profil est entouré de motifs chargés de symboles gaulois.

L’image du revers, qui témoigne en outre de l’importance du cheval dans la civilisation gauloise, atteint également un degré avancé de stylisation : le char s’est transformé en un seul cheval bondissant, surmonté par un motif qui rappelle un filet triangulaire. Une ligne sinueuse dessine la croupe et l’encolure. La crinière suit l’échine en pointillés. Une alternance de lignes et de points forme les pattes du cheval. Cette déformation élégante n’empêche pas le cheval de rester parfaitement reconnaissable.

L’artiste a transformé les images monétaires grecques en se les appropriant et en reprenant le fonds culturel de son peuple. Il a déployé son génie créateur à travers une schématisation décorative de l’expressionnisme grec révélant une grande maîtrise esthétique. La recherche de la beauté s’allie probablement à la transcription de croyances dont la signification demeure aujourd’hui encore obscure.

La conquête romaine de la Gaule en 52 avant J.-C. entraîna la fermeture progressive des ateliers gaulois. Toutefois, les monnaies gauloises continueront à circuler pendant un siècle environ, jusque sous Néron.

Sources 

Paul-Marie Duval, « Monnaies gauloises et mythes celtiques », 1987, Éditions Hermann

J. Elayi et A. G. Elayi, « La monnaie à travers les âges », 1989, Éditions Idéaphane

« Des monnaies gauloises aux premières éditions capétiennes », 1989, Banque de France

« Monnaies gauloises », Les dossiers de l’archéologie, n° 360, novembre-décembre 2013, Éditions Faton

« L’or du pouvoir de Jules César à Marianne », exposition à la Crypte archéologique de l’Île de la Cité

 Photos

© Collection Banque de France


Publié le 10 mai 2017.