Alphonse Defrasse, l’architecte des trésors

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Qui est Alphonse Defrasse, architecte de la Banque de France qui, de 1919 à 1923, a mené les travaux de l’hôtel Gaillard et lui a offert une seconde vie ?

Alphonse Defrasse est né à Paris en 1860. En 1877, il entre à l’école des Beaux-Arts. Brillant élève, il remporte plusieurs médailles et prix prestigieux. Pensionnaire à la Villa Médicis à Rome, il voyage beaucoup au Moyen-Orient, en Italie, ou encore en Grèce. À son retour de Rome, il débute une carrière de professeur à l’École des Beaux-Arts de Paris. Grand prix de Rome en 1886, Alphonse Defrasse oriente sa carrière vers l’entretien et la construction des Bâtiments Civils de l’État. Il est, notamment, inspecteur sur le projet des serres du Muséum national d’Histoire naturelle. Il participe aux projets de concours de l’Exposition universelle de 1900 où il travaille à la construction de la cour intérieure du Petit Palais pour laquelle il obtient un grand prix.
Parallèlement, il est appelé à la Banque de France et devient chef du Service d’architecture et des travaux en 1899. Cette nomination survient à peine deux ans après la décision de créer 34 nouveaux comptoirs de la Banque de France, dans le cadre du renouvellement de son privilège d’émission des billets, sur tout le territoire national. 

Dès lors, les activités d’Alphonse Defrasse se développent sur trois fronts :

  • les succursales sur l’ensemble du territoire
  • le siège de la Banque, rue de la Vrillière à Paris, ainsi qu’un certain nombre de constructions annexes
  • la transformation de l’hôtel Gaillard.

Les succursales

Pour faire face à l’ampleur des travaux de construction, Defrasse conçoit, en 1899 puis en 1905, deux modèles type de succursales dont les façades et les aménagements intérieurs comportent des points communs comme l’utilisation des mêmes matériaux, la création d’un vaste hall éclairé par une verrière, ou encore les mêmes choix de sols. Avec ses inspecteurs de travaux et les architectes locaux dont il s’entoure, il construit 70 succursales ou bureaux et en réaménage plus de 80. L’ensemble de ces travaux est réalisé entre 1899 et 1927. La méthode des plans type, tout en autorisant une certaine diversité liée au contexte local, a certainement permis une rapidité d’exécution hors du commun. En 1920, la Banque de France décide la création de trois bureaux de quartier à Paris – Bastille, Malesherbes, Raspail – et des archives d’Asnières, la construction des comptoirs d’Alsace-Lorraine (dont Strasbourg), la reconstruction des comptoirs sinistrés par la guerre et le transfert ou l’extension de nombreux autres comptoirs existants. Alphonse Defrasse apporte son concours à l’ensemble de ces travaux.

Le siège

La Banque de France, qui occupait un quadrilatère délimité par les rues Baillif, Croix-des-Petits-Champs, la Vrillière et Radziwill, envisage, dès 1881, une extension de son siège. Les effectifs du personnel ayant fortement cru, Defrasse élabore, en 1907, deux projets dont l’un prévoyait une nouvelle façade et un accès monumental sur la rue de Valois. Il a fallu attendre 1912 pour une reprise des études, à partir d’une cession de la rue des Bons Enfants et de la rue Baillif. Ceci permettait à la Banque de repousser la limite sud de son siège jusqu’à une nouvelle rue créée : l’actuelle rue du Colonel Driant.
Plusieurs projets se succèdent de 1914 à 1922.

Le saviez-vous ?
La famille d’Alphonse Defrasse habitait 24, rue des Bons-Enfants, dans un immeuble que, quelque 63 ans plus tard – ironie de l’histoire –, il fera démolir dans le cadre de la construction d’un de ses ouvrages clés : la salle souterraine du siège de la Banque de France  !

Pour la première fois, en 1924-1925, le « Nouvel Immeuble » à construire est étudié, en infrastructure et en superstructure. En infrastructure, la salle souterraine – qui abrite les réserves d’or de la France – vaut à Defrasse une renommée internationale. Construite entre 1924 et 1927, elle comporte une vaste salle voutée, enfouie à 25 mètres de profondeur et soutenue par une forêt de 720 piliers en béton armé d’un mètre de diamètre. On y accède par des puits renfermant ascenseur et escalier. Cette salle présente un indéniable caractère architectural qui fait penser aux salles hypostyles de l’ancienne Égypte.
En superstructure, les projets de Defrasse de 1925 et de 1930, de style Art déco pour ce qui concerne les façades, comprennent un certain nombre de dispositions qui seront reprises lors de la construction finale: nouvelle entrée rue Croix-des-Petits-Champs, hall du public, salle des coffres sur deux niveaux, cour et ailes de liaison entre le nouvel immeuble et l’ancien.
Defrasse a vu l’achèvement de la salle souterraine mais, décédé en 1939, il ne verra pas la réalisation de ses projets d’extension de la Banque en superstructure, poursuivis par les architectes Louis Faure-Dujarric et Paul Tournon entre 1936 et 1950.

L’hôtel Gaillard 

C’est entre 1919 et 1923 qu’Alphonse Defrasse transforme l’hôtel Gaillard en succursale de la Banque de France. Originellement, l’hôtel Gaillard, composé d’un corps principal sur la place du Général Catroux et de deux ailes sur les rues Georges Berger et Thann, comportait une cour intérieure. Un monumental escalier d’honneur faisait communiquer entrée, entresol et premier étage.
Alphonse Defrasse est sans doute ici au sommet de son art par son habileté à intégrer le programme habituel des succursales aux immeubles existants. Le monumental escalier d’honneur sert les différents services installés dans les anciens appartements et pièces de réception : bureau du directeur et secrétariat, salle du conseil, bureau du contrôleur, galerie des recettes… et un nouvel élément, cœur de tout programme de succursale, qu’il installe à la place de la cour intérieure.
Ce nouvel élément comprend une salle des coffres, en sous-sol, et un hall du public, au-dessus.
La salle des coffres dispose d’un accès propre à frapper l’imagination des clients avec un plancher mobile franchissant des douves remplies d’eau (servant de chemin de ronde grâce à une nacelle mobile suspendue) et une porte forte encastrée donnant accès à la vaste salle sur deux niveaux.
Le hall du public est situé au premier étage, à l’aplomb de la salle des coffres. Couvert d’une verrière à la structure métallique, il laisse voir au public les façades intérieures de l’ancien hôtel particulier.

Jules Février à Alphonse Defrasse à propos des travaux qu’il a menés sur l’hôtel Gaillard : « Non seulement vous n’avez pas dénaturé mon oeuvre, mais vous l’avez parachevée »

Jules Février avait offert à Émile Gaillard un exceptionnel écrin pour ses appartements et ses collections au cœur de la plaine Monceau. Alphonse Defrasse, lui, a offert à la Banque de France une succursale dont les aménagements intérieurs témoignent d’un exceptionnel talent. 
Aujourd’hui, quelques 90 ans après l’intervention d’Alphonse Defrasse, l’hôtel Gaillard se métamorphose à nouveau pour accueillir la future Cité de l’Économie.

Pour découvrir l’histoire de Jules Février, l’architecte de l’hôtel Gaillard, n’hésitez pas à faire un tour sur notre article ! 


Publié le 7 Décembre 2018.